Comment lire une courbe de marée pour pêcher du bord
PM, BM, douzièmes, étale, coefficient : apprends à lire une courbe de marée comme un pêcheur du bord, et à choisir le créneau où ça mord vraiment.
10 MIN DE LECTURE · JUIN 2026
Du bord, tu ne choisis pas où va le poisson. C'est la marée qui décide pour lui, et donc pour toi. La bonne nouvelle : tout ce qu'il faut savoir tient sur une seule courbe, celle que tu retrouves sur chaque fiche spot de l'app. Ce guide t'apprend à la lire en cinq minutes, puis à t'en servir pour caler tes sessions au bon moment. Pas de formules compliquées : juste ce qui change concrètement ta pêche.
Une journée de marée type (semi-diurne)EXEMPLE · 2 PM / 2 BM PAR ~24 H 50
PM (pleine mer) : l'eau est au plus haut, le courant s'inverse.BM (basse mer) : l'eau est au plus bas, l'autre étale.
Le curseur : « maintenant ». Entre deux étales, l'eau bouge. C'est là que ça mord.
Pourquoi la marée commande tout quand tu pêches du bord
En bateau, tu suis le poisson. Du bord, c'est l'inverse : tu attends que le poisson vienne à portée de lancer. Et ce qui le fait venir, c'est l'eau qui bouge.
La marée agit sur deux leviers en même temps :
La hauteur d'eau. Un plateau rocheux découvert à basse mer devient une zone de chasse à pleine mer. Une plage qui semble vide prend un mètre d'eau et les poissons viennent fouiller à dix mètres de tes pieds. Ton poste n'existe pas en permanence : il existe à certaines hauteurs d'eau.
Le courant. Quand l'eau monte ou descend, elle déplace tout ce qui se mange : crevettes, lançons, crabes délogés, alevins. Ce tapis roulant de nourriture déclenche l'activité. Un bar ne dépense pas d'énergie pour rien : il chasse quand le courant lui apporte le buffet.
Retiens la règle de base : de l'eau qui bouge, c'est du poisson qui mange. De l'eau immobile, c'est souvent du poisson posé.
Une exception à connaître : la Méditerranée. Là-bas, le marnage se compte en centimètres (micro-marées de 10 à 40 cm en gros), et ce n'est pas la marée qui structure la journée mais le vent, les courants côtiers et la lumière. Ce guide s'applique donc surtout à l'Atlantique, la Manche et la mer du Nord, les façades où la courbe de marée est ta meilleure alliée.
Lire la courbe : PM, BM et marnage
Sur les côtes françaises de l'Atlantique et de la Manche, la marée est semi-diurne : un cycle complet dure environ 12 h 25, ce qui donne 2 pleines mers et 2 basses mers par jour lunaire (environ 24 h 50). Conséquence directe : les horaires se décalent d'environ 50 minutes chaque jour. La PM de 9 h aujourd'hui sera vers 9 h 50 demain. C'est pour ça qu'un « bon créneau » du samedi ne vaut plus rien le samedi suivant.
Sur la courbe, trois infos à repérer :
PM (pleine mer) : le sommet de la courbe. L'eau est au plus haut, le courant ralentit puis s'inverse.
BM (basse mer) : le creux. L'eau est au plus bas, même inversion du courant.
Le marnage : la différence de hauteur entre PM et BM. C'est lui qui dit combien d'eau va bouger. Les hauteurs sont données en mètres par rapport au zéro des cartes marines. Peu importe le détail, ce qui compte pour toi c'est l'écart entre le haut et le bas.
Et le secret que beaucoup ratent : la pente de la courbe, c'est la vitesse du courant. Là où la courbe est raide, l'eau monte (ou descend) vite, donc le courant pousse fort. Là où elle s'aplatit, près des PM et BM, le courant meurt. Tu n'as même pas besoin de chiffres : un coup d'œil à la pente te dit quand ça va bouger.
Sur chaque fiche spot de l'app, tu retrouves cette courbe sur 24 h avec les horaires de PM et BM du jour, de quoi appliquer tout ce qui suit sans sortir la calculette. Tu peux explorer les spots près de chez toi sur la carte.
La règle des douzièmes, expliquée simplement
La marée ne monte pas à vitesse constante. Elle démarre doucement, accélère franchement au milieu, puis ralentit avant l'étale. Les marins résument ça avec la règle des douzièmes : découpe le marnage en 12 parts égales, et la marée monte (ou descend) selon la séquence 1 - 2 - 3 - 3 - 2 - 1 douzièmes par « heure » de marée.
Exemple chiffré sur une marée de 6 m de marnage (BM à 1 m, PM à 7 m). Un douzième vaut 0,5 m :
1ʳᵉ heure : 1 douzième, soit 0,5 m : l'eau passe de 1 m à 1,5 m. Ça frémit à peine.
2ᵉ heure : 2 douzièmes, soit 1 m : on arrive à 2,5 m. Le courant s'installe.
3ᵉ heure : 3 douzièmes, soit 1,5 m : on est à 4 m. Plein régime.
4ᵉ heure : 3 douzièmes encore, soit 1,5 m : 5,5 m. Toujours plein régime.
5ᵉ heure : 2 douzièmes, soit 1 m : 6,5 m. Ça ralentit.
6ᵉ heure : 1 douzième, soit 0,5 m : 7 m, pleine mer. L'eau s'arrête.
Fais le compte : pendant les heures 3 et 4, il passe 3 m d'eau, soit la moitié du marnage en un tiers du temps. C'est la mi-marée, et c'est mathématiquement le moment où le courant est le plus fort, donc, très souvent, le pic d'activité.
Une précision pour être rigoureux : une « heure » de la règle vaut un sixième de la durée de la marée, soit environ 1 h 02 pour une montée de 6 h 12 (la moitié du cycle de 12 h 25). À l'échelle d'une session de pêche, l'approximation « une heure » suffit largement.
Montante ou descendante : que choisir selon les espèces
C'est LA question, et la réponse honnête est : ça dépend du poste, pas seulement de l'espèce. Méfie-toi de quiconque te donne une règle absolue. Voilà quand même les grandes logiques.
La montante remplit les garde-manger. L'eau recouvre les plateaux rocheux, les champs d'algues, les plages : tout ce qui était à sec redevient une zone de chasse. Le bar et le lieu jaune montent dessus avec l'eau pour surprendre crabes et petits poissons, la dorade royale vient fouiller les zones fraîchement recouvertes. Si ton poste est un estran, une pointe rocheuse ou une plage, la montante (surtout sa deuxième moitié, courant établi) est souvent ton créneau. C'est typiquement le moment des chasses de bar au leurre Leurres sur les plateaux, comme on le détaille dans le guide du bar au leurre.
La descendante vide les réserves. Estuaires, baies, lagunes et marais se vident, et tout ce qui y vivait est aspiré vers la mer par des goulets où le courant concentre la nourriture. Les sorties d'estuaire à la descendante, c'est un tapis roulant : le bar se poste dans la veine de courant et n'a qu'à ouvrir la bouche. Si tu pêches une embouchure, un pont, un chenal : vise la descendante, mi-marée comprise.
Maquereau et orphie sont moins esclaves de la hauteur d'eau : ce sont des chasseurs de pleine eau qui suivent le fourrage. Le courant et la lumière (aube, crépuscule) comptent plus pour eux que le sens de la marée. Le surfcasting Surfcasting de nuit sur une plage, lui, se cale plutôt sur la montante qui amène les poissons fouilleurs vers le bord.
Le vrai conseil, c'est de construire ta propre règle. Note chaque prise dans ton carnet avec les conditions du moment, et au bout de quelques sorties tu verras TON pattern apparaître : tel poste donne à la montante, tel autre à la descendante. C'est exactement ce que l'app met en évidence avec tes stats. Tes données valent mieux que n'importe quel dogme.
L'étale, le piège classique
L'étale, c'est le moment où le courant s'arrête, autour de la pleine mer et de la basse mer. La courbe est plate, l'eau ne bouge plus, la nourriture ne défile plus, et l'activité retombe très souvent avec.
Le piège classique du débutant : viser l'horaire de pleine mer comme le « top du top ». C'est visuellement le moment le plus impressionnant (l'eau est partout), mais c'est fréquemment le plus mou. La durée de l'étale varie selon les endroits (de quelques minutes dans un goulet à près d'une heure dans une baie ouverte) mais le principe reste le même : ce n'est pas l'horaire de PM qui pêche, c'est le courant autour.
Deux façons d'en tirer parti :
Cale ta session sur le courant, pas sur l'extrême. Par exemple : arriver deux heures avant la PM et pêcher jusqu'à une heure après, pour couvrir la fin de montante, l'étale et la reprise à la descendante. La reprise du courant après l'étale est d'ailleurs un mini-créneau redoutable : tout se remet en route d'un coup.
Utilise l'étale pour bouger. C'est le moment idéal pour changer de poste, casser la croûte, refaire un montage, plutôt que de fouetter une eau morte.
Et un mot de sécurité, parce que la montante ne pardonne pas : sur un estran ou une roche avancée, repère toujours ton chemin de repli AVANT de pêcher. Avec 3 m d'eau qui arrivent en deux heures à mi-marée, une plateforme confortable devient un piège en vingt minutes. Les coins puissants comme la Pointe du Raz se respectent.
Le coefficient en trois phrases
Le coefficient note la puissance de la marée de 20 à 120 : plus il est élevé, plus le marnage est grand. Plus le marnage est grand, plus il y a d'eau à déplacer dans le même temps, donc plus le courant est fort. Un coefficient 100 ne ressemble en rien à un 40 sur le même spot. Gros coefficient = plus d'eau qui bouge = souvent plus d'activité, mais aussi des postes qui changent plus vite et des courants qui compliquent certaines pêches : pour choisir tes coefficients selon l'espèce et le poste, file lire le guide des meilleurs coefficients pour le bar.
Sur le terrain : ta check-list avant une session
Voilà comment transformer tout ça en réflexe, en cinq points, dans l'ordre :
Ouvre la courbe de marée de TON spot, pas celle du grand port à 40 km, les horaires peuvent décaler de plusieurs dizaines de minutes le long de la côte. Chaque fiche spot de l'app affiche la courbe et les horaires PM/BM du jour.
Repère la mi-marée. Heures 3 et 4 de la règle des douzièmes : c'est ton créneau de courant maximal, montante comme descendante.
Choisis le sens selon ton poste. Plateau, estran, plage : plutôt montante. Estuaire, goulet, chenal : plutôt descendante. Dans le doute, couvre une mi-marée complète et observe.
Vérifie le coefficient. Il te dit si la marée du jour aura du punch ou non, et ajuste tes attentes (et ton plombage).
Croise avec la météo. Vent, houle et lumière peuvent sauver ou ruiner un créneau de marée parfait. Un coup d'œil aux conditions de la fiche spot suffit.
Et après la session, qu'elle soit pleine ou bredouille : note-la dans ton carnet. Hauteur, sens de marée, coefficient, heure : c'est en accumulant ces données que tu découvriras les créneaux qui marchent pour TOI, sur TES spots.
En résumé
Une courbe de marée se lit en trois questions : où sont la PM et la BM, où est la mi-marée (le courant), et qu'est-ce que ça change sur mon poste. Ajoute la règle des douzièmes pour estimer la hauteur à toute heure, méfie-toi de l'étale, et garde un œil sur le coefficient. Le reste (le pattern fin, celui qui te fait dire « ici, c'est PM moins deux par coefficient 90 ») c'est ton carnet qui te le révélera, sortie après sortie.
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